Roman Polanski

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Roman Polanski (né le 18 août 1933 à Paris) est un réalisateur de cinéma, producteur et scénariste franco-polonais, également comédien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d'opéra. Il a notamment réalisé Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste et plus récemment The Ghost Writer.
Raymond Roman Liebling est né le 18 août 1933 à Paris, d'un père peintre et juif polonais, Ryszard Liebling, et d'une mère d'origine russe, Katz Bula Liebling. Pour des raisons de prononciation, il se fait rapidement appeler Roman (ou Romek) Pola?ski3. Il vit en France jusqu'à l'âge de quatre ans avant que sa famille ne reparte pour la Pologne. Il passe alors son enfance à Cracovie où sa sœur Annette, née d'une précédente union de sa mère, lui fait découvrir le cinéma.
Après l'invasion de l'ouest de la Pologne par les troupes allemandes en septembre 1939, il est contraint de vivre dans le ghetto de Cracovie. Il évite la déportation, contrairement à ses parents et à sa sœur. Sa mère, enceinte, meurt à Auschwitz. Échappé du ghetto, il se réfugie à la campagne chez des fermiers avant de revenir à Cracovie où, devenu vagabond, il détourne la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide clandestine avec des habitants et d'autres enfants, et grâce au marché noir. Il a alors 10 ans. Il ne revoit son père qu'en 1945, lors de son retour du camp de Mauthausen3.
C'est après la guerre dans les camps de scouts qu'adolescent il découvre sa vocation d'artiste et de comédien prise peu au sérieux par son père. En 1946, il intègre la troupe de la Joyeuse Bande, destinée à enregistrer des spectacles radiophoniques à coloration communiste pour les enfants. Deux ans plus tard, après une audition, il est choisi pour le rôle principal du Fils du régiment. Il y interprète un jeune paysan, coqueluche de l'Armée rouge et prisonnier des Allemands durant la guerre. La pièce devient, au fil des représentations, un triomphe national3. Ce succès lui ouvre les portes d'une carrière de comédien. En 1949, il rate sa maturité (bac polonais), mais entre à l'École des beaux-arts grâce à ses talents de dessinateur. Il en est renvoyé un an plus tard3. En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, jeune auteur encore méconnu, qui le dirige dans Génération et devient son ami.
En 1955, Pola?ski est reçu au concours de l'École nationale de cinéma de Lódz où il réalise huit courts métrages remarqués à l'international. En 1958, il gagne plusieurs récompenses pour Deux hommes et une armoire et épouse, dans cette période, l'actrice principale de la majorité de ses films courts : Barbara Kwiatkowska dont il divorce quatre ans plus tard.
En 1962, il réalise son premier long métrage, le seul tourné dans sa langue maternelle : Le Couteau dans l'eau, co-écrit avec Jerzy Skolimowski et dont la musique est composée par Krzysztof Komeda (mort en 1969). Il y met en scène les rapports de forces entre un journaliste sportif brutal et un étudiant arrogant sur un voilier. Le film est mal accueilli en Pologne bien qu'il ne soit pas un réquisitoire explicite du mode de vie socialiste. Mais il fait planer un climat d'insécurité et laisse en suspens l'idée de tension sociale et de lutte de classes que les régimes communistes prétendent avoir abolie. On reproche au metteur en scène de ne pas faire un cinéma au service de l'État et de signer ainsi son passeport pour l'Occident4. Le film lui ouvre en effet les portes de l'Ouest : après un succès international et un prix obtenu à la Mostra de Venise, Le Couteau dans l'eau est projeté officiellement au Festival de New York, fait la une du Time magazine et reçoit une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger, qui lui échappe au profit de 8 1/2 de Federico Fellini.
Polanski s'installe à Paris où il rencontre son ami Gérard Brach avec lequel il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de réaliser. Polanski s'établit ensuite à Londres et met en scène un thriller produit par Gene Gutowski et co-écrit avec Brach qui a pour thème central la schizophrénie : Répulsion, avec Catherine Deneuve. L'année suivante, il se rend en Irlande afin d'y tourner une comédie noire et misanthrope, proche du théâtre de l'absurde : Cul-de-sac, interprétée par Donald Pleasence et Françoise Dorléac. Ces deux œuvres lui permettent de remporter respectivement un Ours d'argent et un Ours d'or au Festival de Berlin en 1965 et en 1966. En 1967, le réalisateur retrouve Gutowski, Brach et Komeda pour écrire, produire et réaliser la comédie horrifique Le Bal des vampires, qui se veut une parodie des productions de la Hammer. Il y tient le haut de l'affiche avec la comédienne américaine Sharon Tate qu'il épouse le 20 janvier 1968.
Polanski est repéré par le producteur américain Robert Evans qui lui confie, sous l'escarcelle de la Paramount, la réalisation de son premier film hollywoodien : le thriller fantastique Rosemary's Baby adapté du best-seller éponyme d'Ira Levin. Mia Farrow y interprète, au côté de John Cassavetes une jeune femme victime d'une secte de sorciers octogénaires adorateurs de Satan qui fait d'elle la mère de l'Antéchrist. Ce film d'épouvante se hisse au sommet du box-office de 1968, lance la mode des thrillers sataniques (L'Exorciste, La Malédiction...) et se voit reconnu par la critique comme l'un des grands chefs d'œuvre du cinéma fantastique dans sa manière de suggérer l'horreur et de jouer de l'angoisse surnaturelle dans la banalité quotidienne. Deux fois nommé aux Oscars en 1969, Rosemary's Baby vaut à Ruth Gordon, la voisine maléfique, la statuette du meilleur second rôle féminin.
Au faîte de sa gloire, Polanski est néanmoins ébranlé par un nouveau drame dans sa vie : alors qu'il est en pleine préparation d'un film au Royaume-Uni, sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, trois de leurs amis proches, et un ami du jeune gardien de la propriété sont assassinés dans la demeure du couple, à Los Angeles sur Cielo Drive, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte appelée " la Famille ".
Malgré la dépression qu'il traverse, Polanski se plonge dans le travail et part pour la Grande-Bretagne tourner une adaptation grandiloquente et violente de William Shakespeare : Macbeth, produite en partie par Hugh Hefner et la filiale de production du groupe Playboy. Le film est mal compris et se solde par un échec. En 1972, il part un temps pour l'Italie afin d'y tourner une comédie grinçante à l'humour absurde avec Marcello Mastroianni : Quoi ?. Malgré le plébiscite de la presse, le film est un nouvel échec.
En 1974, il s'attèle à la mise en scène de l'opéra d'Alban Berg, Lulu, pour le festival de Spolète en Italie. La même année, revenu à Hollywood, il goûte à la plus belle réussite critique et publique de sa carrière grâce à une commande qu'il s'approprie totalement : Chinatown, drame policier conçu comme un hommage au film noir américain11. Le film marque ses retrouvailles avec son ami producteur Bob Evans qui réalise lui aussi l'un de ses plus beaux succès professionnels. Chinatown qui a coûté six millions de dollars en rapporte trente rien qu'aux États-Unis. Le visage au nez pansé de Jack Nicholson, interprétant J.J. Gittes, un détective privé fanfaron, devient un mythe de cinéma. Le rôle de la femme fatale est, lui, attribué à Faye Dunaway (dont les relations avec le metteur en scène ont été désastreuses durant le tournage). Les deux stars principales se font voler la vedette par le rôle secondaire de Noah Cross accordé au cinéaste John Huston. Grand vainqueur des Golden Globes en 1975, le film reçoit onze nominations aux Oscars. Mais seul le trophée du meilleur scénario original (signé Robert Towne) vient récompenser Chinatown, les votants ayant préféré cette année-là se tourner vers le deuxième opus de la série des Parrain, réalisée par Francis Ford Coppola.
Polanski revient ensuite un temps en France, à Paris où il concrétise un vieux projet d'adaptation du roman de Roland Topor, Le Locataire chimérique. Le Locataire, qu'il fait éclairer par Sven Nykvist, chef opérateur attitré d'Ingmar Bergman, puis qu'il réalise et joue aux côtés d'Isabelle Adjani et de Shelley Winters, voit le jour en 1976. Cependant, même si l'étrangeté paranoïaque et cauchemardesque du récit séduit une fois de plus les critiques qui considèrent encore aujourd'hui cette œuvre comme l'une de ses plus abouties12, cette fable sur l'aliénation urbaine et l'anomie sociale, d'une fantaisie noire proche du délire hallucinatoire, ne rencontre pas le succès escompté. Il s'agit par ailleurs du dernier film que le cinéaste consacre à son univers malsain et inquiétant, chargé de visions étranges : son cinéma s'oriente vers le grand spectacle dans divers genres12. Polanski assure également, en 1976, la direction scénique du Rigoletto de Giuseppe Verdi pour l'Opéra de Munich.
Définitivement établi en France, le metteur en scène s'engage dans une entreprise de grande ampleur dont Claude Berri est le principal producteur : en mémoire de sa défunte épouse Sharon Tate, il réalise un mélodrame rural et romantique, Tess. Il s'agit de l'adaptation du roman de Thomas Hardy, Tess d'Urberville, qui évoque les malheurs d'une jeune paysanne sous l'ère victorienne. Succès critique et public, le film croule sous une avalanche de prix dont trois Césars en 1980 (ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure photographie pour Ghislain Cloquet et Geoffrey Unsworth) et trois Oscars en 1981 (meilleure photographie, meilleurs décors et meilleurs costumes). Le cinéaste avait entretenu une idylle, à partir de 1976, avec l'actrice du rôle-titre, Nastassja Kinski. Kinski avait alors 15 ans. Tous deux ont démenti leur relation. Polanski passe également par le théâtre avec Amadeus de Peter Shaffer, qu'il met en scène et interprète au côté de François Périer. Il publie en 1984, aux éditions Robert Laffont, son autobiographie : Roman par Polanski.
Il s'attaque par la suite au projet Pirates (financé par le producteur tunisien Tarak Ben Ammar) en hommage aux films d'aventures hollywoodiens des années 1930 qui ont bercé son enfance : ceux entre autres de Michael Curtiz avec Errol Flynn. En plus d'un tournage cauchemardesque, Pirates est un gouffre financier. Il devient un film qui échappe complètement à son réalisateur et qu'il finit par renier. Fiasco commercial, le film, pour un budget de quarante millions de dollars, en rapporte cinq. Polanski se tourne vers le théâtre et revient sur scène dans une adaptation théâtrale du classique de Franz Kafka, La Métamorphose. À la demande de la Warner qui lui laisse une entière liberté, il assure en 1988 la réalisation d'un thriller parisien avec Harrison Ford, Frantic, qui lui vaut de renouer un temps avec le succès mais Lunes de fiel, La Jeune Fille et la Mort et La Neuvième Porte, globalement peu épargnés par la critique, sont des revers au box office. Il a également été engagé dans l'écriture et la mise en scène d'une grosse production intitulée The Double en 1996, avec John Travolta et Isabelle Adjani. Mais, suite à des différends avec la star américaine et les producteurs internationaux, le projet est abandonné alors que les contrats des techniciens sont signés et les décors construits aux studios de Boulogne.
Le 30 août 1989, il épouse en troisièmes noces sa nouvelle actrice fétiche de trente-trois ans sa cadette, Emmanuelle Seigner. Ils ont deux enfants : Morgane (née en 1993) et Elvis (né en 1998). En 1998, il est élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France dans la catégorie Création artistique pour le cinéma et l'audiovisuel (créée en 1985).
Dans les années 1990, son travail au théâtre et à l'opéra est prolifique : il dirige pour la scène de l'Opéra Bastille une nouvelle version des Contes d'Hoffmann d'Offenbach en 1992 avec José van Dam et Natalie Dessay. Quatre ans plus tard, il met en scène la pièce de Terrence McNally, Maria Callas, la leçon de chant qui lui vaut une nomination aux Molières. En 1997, il supervise la création d'une comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires qui démarre à Vienne et entame une tournée triomphale de Stuttgart à Hambourg.
Il revient sur le devant de la scène en 2002 grâce au triomphe critique et public du Pianiste, une grosse production franco-germano-britannico-polonaise d'une grande intensité dramatique, adaptée de l'autobiographie du pianiste et compositeur polonais W?adys?aw Szpilman. Il y évoque, de manière très personnelle, l'occupation de la Pologne et du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, sujet qu'il s'était toujours refusé à filmer au point de décliner, dix ans auparavant, l'offre de Steven Spielberg de mettre en scène La Liste de Schindler. Le Pianiste remporte la Palme d'or du Festival de Cannes 2002 et sept Césars en 2003 dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Adrien Brody. Le film reçoit également sept nominations aux Oscars dont celle du meilleur film. Il gagne trois statuettes : meilleur réalisateur pour Polanski, meilleur acteur pour Brody et meilleure adaptation pour Ronald Harwood. Malgré les demandes, le cinéaste ne se rend pas à Los Angeles pour la 75e Cérémonie où l'annonce de sa victoire provoque une ovation debout. Remettant le prix, Harrison Ford, acteur de Frantic, s'engage à lui transmettre personnellement le trophée, ce qu'il fait cinq mois plus tard devant la presse au Festival du cinéma américain de Deauville.
En 2003, le cinéaste met en scène Hedda Gabler, le drame d'Henrik Ibsen, avec Emmanuelle Seigner dans le rôle-titre, au Théâtre Marigny. Puis il supervise à Stuttgart une nouvelle version de la comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires. Il retrouve ensuite les coproducteurs et scénariste du film précédant : Alain Sarde, Robert Benmussa et Ronald Harwood ainsi que tous les chefs techniciens (Pawe? Edelman pour la photographie, Allan Starski pour le décor, Anna B. Sheppard pour les costumes ou encore Hervé de Luze pour le montage) afin de produire et de réaliser en 2005 une nouvelle reconstitution historique adaptée de l'œuvre de Charles Dickens : Oliver Twist. Mais le film est un échec. En 2006, après avoir gagné un procès en diffamation contre le magazine Vanity Fair, il dirige Thierry Frémont au Théâtre Hébertot dans Doute (écrit par John Patrick Shanley). La même année, il entreprend de financer et de réaliser le péplum Pompeii, d'après le roman de Robert Harris, avec Orlando Bloom et Scarlett Johansson dans les rôles principaux. Mais il abandonne le projet suite à des problèmes d'emploi du temps, de financement et de retards de production dus à la grève des scénaristes à Hollywood, entamée à l'été 2007 et terminée en 2008.
Il tourne finalement une autre adaptation de Robert Harris : The Ghost Writer, avec Ewan McGregor et Pierce Brosnan, un thriller politique sur fond de dénonciation de la guerre d'Irak.
En 2008, il fait l'objet d'un documentaire réalisé par Maria Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, qui tend à démontrer la manière dont il fut privé d'une procédure judiciaire équitable lors de sa mise en accusation pour viol sur mineure 31 ans plus tôt.
Le 27 septembre 2009, alors qu'il se rend à un festival de cinéma en Suisse, il est arrêté par la police suisse à Zurich, rattrapé par l'affaire de 1978. Il est libéré par les autorités suisses le 12 juillet 2010. De sa cellule puis de son chalet de Gstaad où il est astreint à résidence durant plusieurs mois, il achève la postproduction de The Ghost Writer, pour lequel il se voit décerner l'Ours d'argent de la meilleure mise en scène au Festival de Berlin 2010 et le troisième César du meilleur réalisateur de sa carrière, en 2011. Polanski est le premier cinéaste à réussir le triplé dans cette catégorie. Durant son assignation à résidence, il avait également parachevé Le Dieu du carnage, adaptation de la pièce Le Dieu du carnage de Yasmina Reza qu'il réalise ensuite en France avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly dans les rôles principaux. Le film est sélectionné, en compétition, au Festival de Venise 2011.